Article d'opinion : le vin Lena Lio

AccueilArticles → Le vin Le vin

Le coût caché du vin bon marché

vin

Déstockage : un terme souvent employé à des fins de marketing, pour appâter le chaland avec des perspectives de bonnes affaires. Sauf que quand il s’agit du vin suisse, l’affaire n’est bonne pour personne. À la veille des vendanges 2012, il restait dix millions de litres de l’année précédente dans nos cuves. Avec pour seul choix, celui de brader en AOC ou... brader sans AOC, ce qui est également désastreux, aussi bien en termes de prix qu’en termes d’image.

Depuis 1997, ce sont 170 millions de litres de vins rouges et blancs qui peuvent être importés en Suisse, dans le cadre d’un contingent tarifaire faiblement taxé et agréé par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il est lamentable de ne trouver, chez les grands distributeurs, que 2% à 8% de vins suisses dans les rayonnages (selon l’enseigne). S'ils ont certes le droit de vendre des vins étrangers, ils ont le devoir moral de proposer plus de vins suisses au consommateur et de donner envie à ce dernier d'en boire. Sans les producteurs suisses que deviendraient les distributeurs ?

« Que le meilleur gagne ! » nous disent les gardiens de la concurrence. Si nos vignerons ne gagnent plus, il faudrait donc en déduire que leurs produits souffrent d’un défaut de qualité. Or année après année, nos vins accumulent les médailles d’or, de Vérone à Bruxelles ou Paris, et même au cœur des prestigieuses régions du Beaujolais ou du Bordelais. Le fait est qu’aujourd’hui, ce n’est pas le meilleur qui gagne, mais le moins cher.

Moins cher en exploitant la main-d’œuvre avec des salaires indécents. Moins cher en polluant l’eau, l’air et la terre par des traitements massifs aux fongicides et aux insecticides. Moins cher en gaspillant des trésors d’énergie, pour faire venir de l’autre bout de la planète des produits que nous savons faire ici depuis des siècles, sans mettre à contribution des moyens de transport intercontinentaux qui ne couvrent de loin pas les dégâts qu’ils occasionnent à l’environnement.

Chacun aujourd’hui a le choix de boire du vin avec modération ; et du vin suisse avec détermination !

Le Régional - Libre plume (25 octobre 2012)