Article d'opinion : l'or de la Suisse Lena Lio

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Laissez la BNS remplir sa mission

l'or

L’initiative « Sauvez l’or de la Suisse » nous rappelle ce cher Oncle Picsou, le charmant canard souriant d’un air attendri en caressant son métal jaune : « Je le lance en l’air pour qu’il me retombe dessus » s’exclame-t-il dans un phylactère. Et le voilà exultant sous cette douche dorée, prenant chaque matin son bain d’or dans une piscine pleine de lingots, dormant sur son coffre-fort et rêvant d’une montagne d’or toujours plus haute dont lui seul détiendrais la jouissance totale.

Pour en faire quoi ? Rien ! N’autoriser personne à le toucher. Ne le dépenser jamais. Ne le vendre sous aucun prétexte. Mais l’accumuler sans fin, uniquement pour exorciser l’angoisse irraisonnée d’une improbable pauvreté. Pendant ce temps-là, fort occupé à accaparer tout l’or du monde, Picsou n’a pas vu que les canards ont développé des compétences nouvelles, bien plus efficaces que les réserves d’or pour garantir leur prospérité et leur avenir. Les initiants sont sans doute d’assidus lecteurs de bandes dessinées et c’est bien leur droit. Tout au plus peut-on leur reprocher de confondre l’univers féérique de Walt Disney avec la réalité économique de la Suisse du 21e siècle.

La Banque nationale (BNS) détient actuellement 1040 tonnes du métal jaune, ce qui n’est pas une « réserve d’or » – mais bien une valeur comme une autre de son portefeuille d’actifs – puisque depuis 1996, l’or ne joue plus en Suisse le rôle de couverture de la monnaie. Or l’initiative en question veut obliger la BNS à doubler sa « réserve d’or », pour la faire passer de 10% actuellement à 20% de son bilan. Rien de plus simple en effet : il suffirait pour cela que la BNS achète, dès le lendemain de la votation, 1040 tonnes d’or supplémentaire dont ni la banque ni notre pays n’ont aucun besoin. Et l’on ne parle ici que du bilan actuel de la banque. Que le cours de l’euro remonte par rapport au franc suisse, voilà qui devrait réjouir notre industrie d’exportation. Mais avec l’initiative en question, du fait des importantes quantités de monnaie européenne qu’elle achète depuis trois ans pour maintenir le taux plancher, la BNS verrait son bilan augmenter et serait donc forcée d’acheter encore de l’or pour satisfaire l’exigence des 20%.

Les effets de l’initiative seraient tout aussi pervers en cas de variation du cours de l’or. Si ce métal perdait de sa valeur, la BNS devrait encore en acheter pour respecter ces fameux 20%. Mais si à l’inverse le cours de l’or remontait, la banque aurait l’interdiction d’en vendre, puisque l’initiative prétend rendre « inaliénables » – autrement dit invendables – les mal nommées « réserves d’or ».

Pour permettre à la BNS de remplir efficacement sa mission, le parti Vert’libéral se félicite de ce que les personnages de BD n’aient pas le droit de vote dans notre pays et recommande de dire NON à une initiative qui veut nuire à l’économie de la Suisse pour entasser de l’or superflu.

24 heures - Réflexion. L'invité (27 novembre 2014)


avortement L'initiative a été rejetée par 77,3% des votants