Article d'opinion : « No Billag » Lena Lio

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Un symptôme de défiance

Radio TV

Pourquoi une majorité de Suissesses et de Suisses se déclarent-ils prêts à supprimer les redevances radio et télévision ? L’initiative « No Billag » ne fait pas dans la dentelle : elle propose un changement complet de modèle de financement et de diffusion de l’information. Pour comprendre le succès de cette initiative, auprès d’un peuple habituellement peu enclin aux révolutions, la question de fond est celle de la confiance que la population accorde, ou n’accorde plus, aux médias.

Contre ce nouvel article constitutionnel, le gouvernement évoque la « diversité médiatique », la « libre formation de l’opinion », le « mandat de service public. »

Diversité des médias. Difficile de s’en convaincre lorsque, chaque jour, des pages entières se retrouvent intégralement reproduites dans quatre ou cinq quotidiens romands, avec la même mise en page, les mêmes illustrations, les mêmes légendes. Ou lorsqu’en écoutant les informations à la télévision, on réentend, mot pour mot, les mêmes phrases que celles prononcées à la radio une heure auparavant, tirées des mêmes communiqués que produisent les mêmes agences.

Libre formation de l’opinion. Mais que signifie « libre » lorsque, dans nos médias, Sputnik est présentée comme « une pseudo agence de presse » ou comme « un instrument d’influence de la Russie », alors que CNN – formidable instrument d’influence des États-Unis – est systématiquement qualifiée de « chaîne d’information » ? Où est la libre formation de l’opinion au sujet de conflits toujours traités de manière manichéenne (Birmanie, Donbass, Moyen-Orient…) ; lorsqu’on nous dit tout des souffrances endurées par les « gentils » et des exactions commises par les « méchants », mais très rarement l’inverse ?

Mandat de service public. Il est en discussion à Berne depuis dix ans et l’on peine encore à distinguer ce qui en fait vraiment partie : l’information politique, trop rarement neutre ? Le sport, qui n’est pas du sport mais de la compétition ? La culture, où les caprices de quelques stars jouent les rôles principaux ? L’économie, et ses prédictions toujours fausses ?

Le Conseil fédéral croit-il réellement à la valeur des arguments qu’il défend ? On peut en douter, puisqu’il a jugé utile d’y ajouter, ces derniers mois, deux opérations qui fleurent bon la manipulation : premièrement le retrait, à la société Billag SA, du mandat de perception de la redevance, comme si en discréditant le titre de l’initiative, on en annulait la substance ! Secondement, la fixation de la future redevance à 365 francs par année, comme si « un franc par jour » était une jolie formule qui allait donner envie de payer !

Quel que soit le sort finalement réservé à l’initiative « No Billag », les médias ne devraient pas se dispenser d’un questionnement urgent sur les critères à remplir pour s’assurer une crédibilité que la moitié de la population ne leur reconnaît déjà plus.

24 heures - Réflexion. L'invité (18 janvier 2018)