Article d'opinion : les micropolluants Lena Lio

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Faut-il avoir peur des micropolluants ?

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Faut-il s’inquiéter de la réalité que recouvre le nouveau terme de « micropolluants » ? Oui car, présentes en très faible quantité dans l’eau, dans l’air et dans le sol, ces substances ont justement la particularité d’être nocives même à très faible dose. On les soupçonne de jouer un rôle dans l’augmentation encore inexpliquée de diverses pathologies : cancers, asthme, allergies, obésité, baisse de fertilité, etc.

Or les sources de « micropollution » ne manquent pas : une étiquette de shampooing révèle la présence de 20 à 40 ingrédients ! Cela vaut pour la plupart des cosmétiques. Les détergents et les teintures des vêtements ne sont pas en reste. On peut aussi penser aux additifs alimentaires, aux déchets industriels et aux pesticides. Les transports (privés ou publics) contribuent également à cette pollution en laissant sur le sol diverses poussières toxiques qui, entraînées par la pluie, finiront fatalement dans les lacs. Quant aux médicaments consommés à plus ou moins bon escient, ils traversent l’organisme et se retrouvent en proportion variable dans les eaux usées.

On évalue à environ 100'000 le nombre de micropolluants issus des produits existants sur le marché. Résultat : on en trouve déjà 60 tonnes dans le Léman. Certes, il existe des dispositifs de traitement des eaux qui commencent à faire leurs preuves. Pour en équiper une centaine de stations d’épuration (STEP) en Suisse, la Confédération évalue le coût à 1,2 milliard de francs. Cela se justifie au regard des menaces que les micropolluants font peser sur notre santé. Mais on aurait tort d’y voir la panacée, car les STEPs ne font pas tout : le système « séparatif » consiste à envoyer l’eau de pluie dans un réseau différent de celui des eaux usées, de façon à alléger la charge des STEPs, justement. Or si l’eau de pluie est propre lorsqu’elle tombe du ciel, il n’en va plus de même une fois qu’elle a ruisselé sur les routes, les toitures et les façades des immeubles traitées aux biocides.

D’une façon générale, la solution rationnelle du problème des micropolluants consiste à s’attaquer à leur source. Si l’agriculture a déjà réduit l’utilisation des pesticides ces dernières années – et continue de le faire –, l’industrie (chimique en particulier) a encore une grande marge d’amélioration : les principes de la « chimie verte », énoncés depuis une quinzaine d’années, restent très peu appliqués.

Et à l’échelle individuelle, vaut-il la peine de faire un effort ? Nous trouvons la réponse dans l’ouvrage de N. Chèvre et S. Erkman (Alerte aux micropolluants, Ed. PPUR 2011) : « Nous utilisons tous, quotidiennement, des quantités très importantes de substances chimiques, au point que l’air que nous respirons dans nos appartements se révèle souvent plus pollué que l’air extérieur. » En privilégiant des cosmétiques ou des détergents naturels, nous n’aidons pas seulement les poissons et les grenouilles, mais aussi notre propre santé et celle de nos enfants.

24 heures - Réflexion. L'invité (24 mai 2013)