Lena Lio Article d'opinion : politique familiale

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Pour une politique familiale cohérente

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L’arrêté fédéral sur la politique familiale, sur lequel nous voterons le 3 mars 2013, vise principalement à promouvoir des « mesures permettant de concilier la vie de famille et l’exercice d’une activité lucrative ». Or ce texte suscite quelques oppositions dont la cohérence semble laisser à désirer. Laissons de côté les défenseurs d’une famille « traditionnelle », fière d’assumer seule son destin en n’attendant rien de l’État, ce genre de nostalgie n’ayant que peu de rapport avec le monde d’aujourd’hui. Passons également sur les craintes d’une perte d’autonomie cantonale, alors même que la Conférence des directeurs cantonaux des affaires sociales a soutenu l’introduction de cette disposition dans la Constitution fédérale. Mais lorsque certains s’inquiètent des charges que pourrait occasionner aux employeurs l’encouragement à concilier la vie de famille et l’activité professionnelle, on n’est plus très loin du simple déni de réalité.

L’an dernier, le Crédit suisse publiait une étude qui examinait en détail les résultats économiques de 2360 entreprises, durant les six dernières années, en relation avec la présence ou l’absence de femmes dans leurs instances dirigeantes (Gender diversity and corporate performance, août 2012). Il en ressort que, tout particulièrement en période de difficultés économiques, les entreprises qui comptent au moins une femme parmi leurs cadres présentent des performances jusqu’à 30% supérieures à celles dont la direction est exclusivement masculine.

Dans ses conclusions, l’étude du Crédit suisse note que le renoncement des femmes à une activité professionnelle « réduit le réservoir de talents dans lequel les responsables peuvent faire leur choix et limite le nombre de femmes disponibles pour des postes de direction. » De fait, chaque fois qu’une femme est obligée d’abandonner son activité professionnelle pour s’occuper de sa famille, c’est une grande part du bénéfice de sa formation qui est perdue, pour elle-même bien sûr, mais aussi pour notre économie et finalement pour toute la société. Quel pays peut se permettre aujourd’hui un pareil gaspillage de compétences, dans un monde où la capacité de s’imposer dans une compétition féroce est devenue un paramètre essentiel de prospérité, que cela nous plaise ou non ?

Ces constatations de simple bon sens contredisent clairement les arguments de ceux qui voient, dans le projet soutenu par le Conseil fédéral, un risque de coûts supplémentaires pour l’économie ! Au contraire, elles plaident très nettement en faveur d’une politique familiale cohérente à l’échelle nationale. L’acceptation de cette disposition ne peut être que bénéfique pour tout le monde et pour la prospérité de notre pays.

24 heures - Réflexion. L'invité (23 janvier 2013)


avortement L'arrêté a été rejeté par 13 cantons contre 10, malgré son approbation par 54,3% des votants