Article d'opinion : loi sur les épidémies Lena Lio

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Les épidémies se moquent des frontières !

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Le 22 septembre 2013, nous nous prononcerons sur une révision de la loi sur les épidémies, contre laquelle les arguments des référendaires semblent se focaliser sur les aspects prétendument « totalitaires » que comporterait ce texte, en donnant un pouvoir excessif à la Confédération ou aux groupes pharmaceutiques.

En réalité, cette révision apparaît comme la mise à jour indispensable d’une loi qui date de plus de quarante ans ; depuis lors, le sida, le SRAS (pneumonie atypique) et la grippe H1N1 sont passés par là. Durant les deux dernières décennies, les hésitations et les erreurs qui ont parfois émaillé la gestion de ces fléaux ont au moins eu le mérite de faire progresser nos connaissances en la matière. Les germes infectieux qui en sont responsables possèdent une remarquable capacité à muter, si bien que tous les spécialistes s’accordent à prévoir l’apparition périodique de maladies nouvelles, dont la mobilité croissante des personnes et des marchandises favorisera par ailleurs une propagation rapide à travers le monde.

Un élément significatif de la nouvelle loi réside dans une prise de conscience : les épidémies se moquent des frontières ! Il s’ensuit que les mesures de prévention et de gestion des épidémies doivent nécessairement être coordonnées à grande échelle. Alors que la loi de 1970 voulait surtout empêcher que les maladies soient « introduites de l’étranger », la nouvelle mouture soumise au vote préconise de prendre en considération « les recommandations internationales », ce qui, bien évidemment, ne restreint en rien notre souveraineté, mais favorise en revanche l’adoption de mesures efficaces. Revendiquer, à l'instar des opposants, une liberté totale pour chaque canton de prendre des dispositions particulières équivaut à faire passer une idéologie avant la protection optimale de la population.

Par ailleurs, on note que, dans la version révisée de la loi, le mot « risque » apparaît vingt-trois fois, alors que l’on en trouve une seule mention dans la version actuellement en vigueur. Ce détail a son importance : il montre que la révision accorde une juste place à l’incertitude qui prévaut dans l’évolution d’une épidémie. Face à l’impondérable, inhérent à un risque quel qu’il soit, nul ne détient la vérité. Il est vrai que toute précaution peut se révéler ultérieurement excessive. On se souvient des millions de doses de Tamiflu achetées par la Suisse, et l’on devrait considérer comme une bonne nouvelle de ne pas en avoir eu besoin, plutôt que d’y voir un complot imaginaire. Car l’alternative, c’est l’absence de précaution, avec des conséquences potentiellement dramatiques dont personne n’aurait à se réjouir.

Cette révision de la loi sur les épidémies est nécessaire, parce qu’elle offre des outils efficaces pour affronter de manière optimale les épidémies du futur, tout en préservant notre marge d’appréciation et d’action.

24 heures - Réflexion. L'invité (9 septembre 2013)


avortement La révision de la loi a été acceptée par 60,0% des votants