Article d'opinion : l'électricité Lena Lio

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Les deux tabous de l’électricité

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1. Les économies d’énergie. Depuis que le Conseil fédéral a annoncé vouloir sortir la Suisse du nucléaire, on entend dire sans cesse que l’une des voies à suivre serait celle des économies d’énergie. Pourtant il s’agit là d’un pur fantasme.

Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’Histoire, il apparaît que la consommation des ressources énergétiques, dans un pays donné, a toujours été précisément déterminée par deux facteurs : d’une part, l’effectif de la population, ce qui paraît assez évident. D’autre part le pouvoir d’achat des habitants car, tant que nous avons de l’argent, nous le dépensons. Or il est pratiquement impossible de dépenser un franc sans que cela corresponde, directement ou indirectement, à une consommation d’énergie. En prenant le train, nous consommons l’électricité de la locomotive ; et en achetant une bonne paire de chaussures de marche, nous consommons l’énergie grise que renferme cet objet.

Or, dans notre pays, la population augmente et personne ne souhaite que le pouvoir d’achat diminue. Dès lors, imaginer que nous allons consommer moins d’électricité, tout en étant de plus en plus nombreux et toujours aussi riches, cela s’apparente à de l’affabulation. Et la Suisse ne réussira pas sa sortie du nucléaire en s’accrochant à des idées chimériques. Sauf à espérer une catastrophe naturelle qui décimerait la population, ou une crise économique qui ravagerait le pouvoir d’achat, mieux vaudrait admettre dès maintenant que notre potentiel d’économies d’énergie est quasi nul.

2. Les pannes d’électricité.Dans certains pays, des interruptions d’électricité de quelques heures par jour (ou par nuit) relèvent de la normalité. En Suisse, une panne d’électricité de trois minutes fait la une des journaux. Or il est peu probable qu’un tel niveau de fiabilité reste possible à moyen terme.

Premièrement parce que cela exige de disposer d’équipements de réserve, prêts à prendre la relève en cas de défaillance des installations habituelles. Mais de tels équipements, qui ne font rien 99,9% du temps, cela s’appelle du capital immobilisé : incompatible avec les exigences de rentabilité d’un marché de l’électricité en voie de libéralisation. Ensuite parce que les autres solutions visant à compenser l’arrêt des centrales atomiques sont incertaines. Le développement des énergies renouvelables se heurte à toutes sortes d’opposition ; et l’on voit mal l’intérêt d’arrêter le nucléaire en Suisse, si c’est pour acheter de l’électricité nucléaire produite à 20 km de nos frontières.

La coupure de courant est un risque comme un autre, et l’expérience montre que l’on n’empêche pas un risque d’exister en se contentant de clamer qu’il est inacceptable. Là encore, mieux vaudrait se mettre sereinement d’accord sur le niveau acceptable d’un tel risque et prendre dès maintenant les mesures de prévention adéquates.

24 heures - Réflexion. L'invité (15 juin 2012)