Article d'opinion : l'avortement Lena Lio

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Financement de l'avortement

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Le 2 juin 2002, une modification du code pénal suisse autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) était acceptée par 72,2% des votants et par 24 cantons sur 26. Mais les milieux qui s’y opposaient ne sont toujours pas remis de cette défaite. Douze ans plus tard, ils cherchent encore à réduire l’accès à l’IVG. Pour éviter de remettre frontalement en question la décision populaire susmentionnée, c’est par le biais du financement qu’ils ont, cette fois, choisi de s’y attaquer.

Après le pollueur-payeur, pourquoi pas l’avortée-plumée ? À y regarder de plus près, cette idée s’appuie sur une somme de contre-vérités dont on peine à imaginer qu’elles puissent trouver un écho dans les urnes. Méfions-nous toutefois des surprises, du genre de celles que notre démocratie directe nous a parfois réservées...

Les initiants se disent convaincus que cette disposition fera diminuer les primes de l’assurance-maladie de base. Et c’est faux ! Les quelque 10'000 IVG pratiquées en Suisse chaque année coûtent à peine un franc par assuré. Mais que se passerait-il si une femme de condition modeste souhaitait avorter et devait y renoncer, faute de remboursement ? Elle aurait alors deux solutions. Tout d’abord, accepter de mener sa grossesse (non désirée) à son terme ; or un accouchement, remboursé par l’assurance de base, coûte en moyenne quatre fois plus cher qu’un avortement. Ou alors, tenter d’avorter par des moyens artisanaux, comme au « bon vieux temps », avec à la clé des infections et autres complications ruineuses en frais médicaux, eux aussi remboursés. Dans un cas comme dans l’autre, la facture vient gonfler les coûts de la santé.

Les initiants sont convaincus qu’en supprimant le remboursement de l’avortement, on responsabiliserait les femmes. (Tout au moins... les pauvres ! Les riches, elles, pourraient continuer à être irresponsables, si toutefois tel était leur cas.) Du coup, le nombre d’avortement devrait diminuer. Et c’est également faux ! En 2002, les mêmes milieux prédisaient que le droit à l’avortement conduirait à une explosion du nombre de cas. Et c’était déjà faux ! En 10 ans, le taux d’avortement a plutôt baissé : avec 6,7 IVG pour 1000 femmes, la Suisse connaît aujourd’hui le taux le plus bas d’Europe, ce qui prouve bien que les femmes ne sont pas des irresponsables, qui avortent juste pour leur plaisir !

Les initiants estiment que les adversaires de l’avortement ne devraient pas financer cette pratique par leur prime d’assurance. Et c’est encore faux ! Une assurance repose sur la solidarité : les non-fumeurs paient pour les pathologies liées au tabagisme ; et les sveltes pour les conséquences de l’obésité. Parce que nul n’est parfait, et que si chacun doit assumer seul ses propres risques, l’assurance ne sert plus à rien.

Disons-le clairement, si toutefois c’est encore nécessaire : cette initiative est à expédier aux oubliettes par un NON massif.

24 heures - Réflexion. L'invité (8 janvier 2014)


avortement L'initiative visait à supprimer le remboursement de l'avortement par l'assurance maladie. Elle a été rejetée par 69,8% des votants